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La cité de Sefar : mythe et réalité du labyrinthe du Tassili n'Ajjer

Sefar n'est pas une ville bâtie : c'est un labyrinthe de grès qui abrite des milliers de peintures rupestres, dont le Grand Dieu. Trek, accès, mythes, le point.

6 septembre 20266 min de lecture
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Sefar, la cité qui n'a jamais été construite

Sur le plateau du Tassili n'Ajjer, au-dessus de Djanet, un ensemble de formations rocheuses porte un nom qui alimente les fantasmes depuis des décennies : la cité de Sefar. Vu du sol, le surnom se comprend. Des couloirs réguliers séparent des masses de grès dressées comme des tours, des passages s'ouvrent comme des portes, des esplanades ressemblent à des places. On croit marcher dans les rues d'une ville morte.

Personne n'a pourtant bâti Sefar. Ce labyrinthe est une œuvre de l'érosion : l'eau et le vent ont découpé le grès du plateau pendant des millions d'années, dégageant ces alignements que notre œil interprète comme de l'architecture. Ce qui est bien l'œuvre d'êtres humains, en revanche, se trouve sur les parois : Sefar abrite l'une des plus fortes concentrations de peintures rupestres du Tassili n'Ajjer, l'une des raisons du classement du site au patrimoine mondial de l'UNESCO.

Un labyrinthe de grès sculpté par l'érosion

Le plateau du Tassili est un massif de grès, une roche qui se délite par couches et par fractures. Là où les fissures se croisent en réseau régulier, l'érosion élargit les lignes de faiblesse et laisse debout les blocs les plus résistants. Résultat à Sefar : des ruelles minérales qui se coupent presque à angle droit, des « tours » de plusieurs étages, des abris sous roche et des arches. Les géologues parlent de forêts de pierre ; les guides parlent de la cité, et les deux descriptions collent au même paysage.

S'y repérer sans guide relève de la gageure : les couloirs se ressemblent, les points de vue se répètent, et le GPS ne remplace pas la connaissance des passages. C'est aussi ce qui fait le charme du lieu, on tourne un angle de roche et une paroi peinte apparaît sans prévenir.

Le Grand Dieu de Sefar et les peintures des Têtes Rondes

La paroi la plus célèbre du site porte une figure anthropomorphe de plusieurs mètres de haut, entourée de personnages plus petits qui semblent tendus vers elle : le Grand Dieu de Sefar, devenu l'une des images les plus connues de tout l'art rupestre saharien. La silhouette appartient au style dit des Têtes Rondes, l'une des phases les plus anciennes de la peinture du Tassili : des figures massives, aux têtes circulaires sans traits, peintes il y a plusieurs millénaires.

Autour de cette scène, des centaines d'autres parois peintes racontent autre chose : des troupeaux de bovins, des antilopes, des mouflons, des scènes de vie collective. Ces images datent d'époques où le Sahara était une savane habitée, traversée de rivières et de lacs. Les peintures de Sefar sont les archives de ce Sahara vert, disparu quand le climat a basculé vers l'aridité.

Ce que Sefar n'est pas

Le site traîne une réputation de « cité mystérieuse » entretenue par des articles et des vidéos qui promettent une ville interdite, une civilisation perdue, voire des visiteurs venus d'ailleurs. Cette lecture remonte en partie aux années 1950, quand l'expédition d'Henri Lhote a fait connaître les fresques du Tassili au grand public : ses descriptions imagées de figures « martiennes » ont nourri, bien au-delà de ce qu'il imaginait, toute une littérature sur les anciens astronautes.

La recherche n'a rien trouvé de tel. Aucune trace de construction urbaine, aucune civilisation disparue au sens des ruines d'une ville : des communautés néolithiques ont vécu là, se sont abritées sous ces roches et ont peint leur monde, réel et symbolique, pendant des générations. Les figures des Têtes Rondes relèvent très probablement du rituel et du sacré, pas du portrait de visiteurs cosmiques. Le vrai vertige de Sefar se passe d'extraterrestres : marcher dans un dédale naturel vieux de millions d'années, devant des images peintes par des habitants d'un Sahara couvert de savane, suffit largement.

Le trek pour y monter : plusieurs jours à pied depuis Djanet

Sefar se mérite. Aucune route ne monte sur le plateau : l'accès se fait à pied depuis les environs de Djanet, par un sentier muletier qui grimpe l'akba, la montée raide qui franchit la falaise du Tassili. Comptez une bonne journée de marche pour atteindre le plateau, puis des étapes quotidiennes entre les sites, avec des ânes de bât qui portent bagages, eau et vivres. Les circuits classiques consacrent quatre à sept jours à la boucle qui passe par Sefar et les autres ensembles peints du secteur, nuits en bivouac.

Le passage par une agence algérienne agréée est obligatoire, comme partout dans le Sahara profond : itinéraire validé, guide local, équipe complète. C'est la différence majeure avec la Tadrart Rouge voisine, qui se parcourt en 4x4 : sur le plateau, le véhicule reste en bas, et vos jambes font le travail. Une condition physique correcte est nécessaire, plusieurs heures de marche par jour sur terrain rocailleux, sans possibilité d'abandonner en cours de route. Les visiteurs étrangers passent par le dispositif de visa à l'arrivée, dossier déposé par l'agence avant le départ.

Quand partir et comment se préparer

La saison est celle de tout le Sahara algérien : d'octobre à avril, en dehors des chaleurs extrêmes. Le plateau ajoute sa propre contrainte : l'altitude. Les nuits d'hiver y sont franchement froides, avec du gel possible en décembre et janvier, un duvet sérieux n'est pas négociable. Il n'y a ni réseau mobile ni électricité pendant toute la durée du trek. Notre guide sur le bivouac au Sahara et la valise à préparer détaille l'équipement poste par poste ; pour Sefar, soignez particulièrement les chaussures de marche, déjà rodées avant le départ.

Respecter un site fragile

Les peintures de Sefar ont traversé plusieurs millénaires à l'air libre ; elles ne survivront pas à des visiteurs négligents. Ne touchez jamais les parois peintes, même du bout des doigts, le contact dépose des graisses qui dégradent les pigments. Ne mouillez jamais une peinture pour raviver ses couleurs le temps d'une photo : cette pratique, longtemps répandue, a déjà abîmé des fresques entières du Tassili. Ne ramassez rien, ni éclat de roche, ni objet, le plateau est un parc culturel protégé. Les guides connaissent ces règles et les font respecter ; le site restera ce qu'il est si chaque visiteur les applique.

Questions fréquentes

La cité de Sefar est-elle une vraie ville ?

Non. Sefar est une formation géologique naturelle : l'érosion a découpé le grès du plateau en couloirs et en tours qui évoquent des rues et des bâtiments. Aucune construction humaine n'y a été mise au jour. La présence humaine, elle, est réelle et ancienne : des communautés néolithiques ont vécu sous ces abris et couvert les parois de peintures.

Qu'est-ce que le Grand Dieu de Sefar ?

Une peinture rupestre monumentale, figure humaine stylisée de plusieurs mètres de haut appartenant à la période des Têtes Rondes, l'une des plus anciennes phases de l'art du Tassili. Les chercheurs y voient une figure rituelle ou symbolique. C'est l'une des images les plus célèbres de l'art préhistorique saharien.

Combien de jours faut-il pour visiter Sefar ?

Comptez quatre à sept jours au total depuis Djanet : la montée à pied sur le plateau par l'akba, les étapes entre les sites peints du secteur, puis la redescente. Tout se fait en trek accompagné, avec des ânes de bât et des nuits en bivouac.

Peut-on visiter Sefar sans agence ?

Non. Comme pour tout le Sahara profond, le passage par une agence algérienne agréée est obligatoire, avec un itinéraire validé par les autorités. Le plateau est en outre un parc culturel protégé : les guides locaux sont les seuls à savoir naviguer dans le labyrinthe et à connaître l'emplacement des parois peintes.

Organisez votre trek vers Sefar

Un trek sur le plateau du Tassili se prépare avec une agence qui connaît l'akba, les guides de Djanet et les règles du parc. Dalil référence les agences de voyages algériennes agréées pour le Grand Sud : indiquez vos dates et votre condition physique, nous transmettons votre demande à des agences spécialisées qui vous répondent avec un programme et un devis.

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